LETTRE 8: Valenciennes, Nord-Pas-de-Calais, France.
- 20 de mai. de 2015
- 6 min de leitura

Mon cher ami, Lire chacune de tes lettres est une vraie leçon de portugais. J'utilise cette langue quotidiennement depuis quelques années déjà, et il est vrai que je la maîtrise très bien dans les registres de langue familier et courant. Cependant, grâce à toi je vois que j'ai encore un long chemin à parcourir, ce qui est très motivant. Dans tous les domaines, j'aime le fait de savoir que je progresse, tout en sachant que je peux encore m'améliorer. En commençant cette lettre, je ne peux pas m'empêcher de penser à cette vidéo où tes étudiants ont chanté pour mon anniversaire, c'était tellement surréaliste. Je connaissais déjà certains de tes élèves, mais après cette vidéo plus d'une dizaine d'entre eux m'ont ajouté sur Facebook. Tout cela m'a vraiment donné envie de vous rendre visite et de donner des cours de français dans votre école. Nous pourrions peut-être faire une chorale en français et en portugais. Qu'en penses-tu ? Bien sûr ce ne sera possible uniquement si ma demande d'échange est acceptée par l'Université Fédérale de Minas Gerais, mais je n'aurai la réponse qu'en juin et je dois t'avouer que je suis impatient. Comme tu le sais, je compte partir entre 5 et 6 mois, et je n'ai jamais vécu à l'étranger aussi longtemps. Ce sera forcément une expérience très enrichissante, dont je sortirai grandi. J'ai beaucoup de projets en tête et j'ai le sentiment que le Brésil peut être une sorte d'Eldorado pour moi, où je pourrai m'épanouir et repousser mes limites. Je suis une personne très ambitieuse, je parle de cette ambition qui peut nous rendre capables de réaliser de grandes choses et non pas celle qui pourrait nous pousser à écraser les autres pour réussir. Voici une citation de Mohamed Ali qui illustre mon point de vue : "L’impossible est juste un gros mot prononcé par des petits hommes qui trouvent plus facile de vivre avec le monde qu’ils ont reçu plutôt que d’explorer le pouvoir qu’ils ont de le changer. L’impossible n’est pas un fait. C’est une opinion. L’impossible n’est pas une déclaration. C’est un courage. L’impossible est potentialité. L’impossible est temporaire. L’impossible n’est rien du tout” Avoue qu'après avoir lu une telle phrase, on ne peut pas s'empêcher d'enfiler une cape rouge et des collants pour s'envoler de sa fenêtre ! Mais voilà, en attendant cette maudite réponse je dois vivre ma vie à peu près normale de petit étudiant français, ce qui me plaît également. J'ai cependant trouvé l'astuce pour rester en France tout en ayant l'impression de parcourir le monde, en un mot : « Erasmus » ! Lille étant une ville étudiante, on y rencontre toujours des jeunes d'autres pays. Il est presque impossible de sortir 30 minutes dans la rue sans entendre de l'espagnol, de l'italien, ou de l'allemand. La grande majorité de mes amis à Lille sont étrangers, ce qui a un impact sur ma personnalité. Le fait de rencontrer des gens de partout ayant une façon de penser et de se comporter aussi différentes est quelque chose d'enrichissant personnellement. Je suis une éponge (et je vis dans un ananas au fond de l'océan), j'absorbe ce qu'il y a autour de moi, les cultures, les langues, les idées, les façons de danser, puis je fais un cocktail final en y ajoutant ma petite touche personnelle. Après je lui donne un nom (pourquoi pas le Papichuloco, ça sonne bien non ?) et puis je le vends 10€ sur les plages de Dunkerque. Succès garanti ! Mais là nous nous égarons. Je fais tout de même quelques voyages quand l'envie me vient, par exemple je suis allé à Berlin avec une association de mon université. J'y suis allé en bus avec des gens que je ne connaissais absolument pas. Et puis deux filles sont venues me parler, nous avons donc passé l'intégralité de notre séjour ensemble. On s'est beaucoup amusés. Il y a eu des histoires de batailles de chevaux, de courses sur un balcon avec une ceinture, et surtout de grosses saucisses. Les saucisses en Allemagne devraient être classées dans le patrimoine mondial de l'UNESCO. J'ai également fait connaissance avec un jeune de Trinité-et-Tobago (ce petit pays que j'avais connu en 2006 grâce à la coupe du monde mais dont je ne savais pas grand chose) que je vois encore régulièrement. J'adore sortir avec lui car en plus d'être très sympathique, il danse tout le temps dès qu'il y a un peu de musique (et même quand il n'y en a pas). Tu te doutes qu'avec moi il a trouvé un bon client, on forme déjà un duo mythique à Lille, et même un trio lorsque mon ami paulista est avec nous, nous sommes les « vagabundos » ! Maintenant, j'ai un autre voyage en tête, mais cette fois-ci ce n'est pas pour faire du tourisme et manger des saucisses avec des inconnues. En effet, il y a un pays qui me fascine depuis longtemps et que j'admire pour ce qu'il représente : la Tunisie. Comme tu le sais la Tunisie est le modèle du monde arabo-musulman, c'est le seul pays qui tire un bilan clairement positif du printemps arabe. Le peuple tunisien a réussi une transition démocratique que nous n'avons pas été capables de réaliser en Égypte, où l'armée et les islamistes ne font que se succéder chacun leur tour à la tête de l’État. Pour la Tunisie c'est tout le contraire. Pendant les premiers mois de la Révolution dite de « Jasmin » en 2011, le monde entier était pour le moins sceptique quant à l'avenir du pays. Je me souviens encore de mes débats en classe avec mon vieux professeur d'histoire réactionnaire de l'époque qui s'indignait : « Faire la Révolution sur Fessebouk (il voulait dire Facebook), sérieusement, Fessebouk ! On aura tout vu, ils vont aller droit dans le mur ! » Et bien non pépère, non seulement des jeunes motivés, optimistes et courageux ne sont pas condamnés à échouer, mais ils peuvent même faire l'Histoire. Thomas Friedman disait : « Les pessimistes ont souvent raison et les optimistes ont souvent tort, mais tous les grands changements ont été accomplis par des optimistes ». Cependant, il est vrai que l'affaire était assez mal embarquée. Après la fuite du dictateur Ben Ali, en 2011, le parti islamiste ultra-conservateur « Ennahdha » devient la première force politique du pays, situation parallèle en Égypte où le parti des « frères musulmans » remporte les élections. Pire encore, en 2013, des opposants à Ennahdha sont assassinés : Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Les principaux suspects sont évidemment les membres du parti, ou du moins leurs sympathisants. En tout cas pour les familles des victimes, cela ne fait aucun doute. Puis en 2014, le ciel tunisien s'éclaircit. Le parti laïc « Nidaa Tounes » remporte les élections et Béji Caïd Essebsi devient ainsi le premier président élu démocratiquement au suffrage universel dans l'histoire du pays. L'amélioration de la situation politique en Tunisie est donc nettement visible, malgré les nombreuses difficultés auxquelles son peuple doit encore faire face, et je prends pour exemple l'attentat islamiste du musée Bardo à Tunis qui a causé la mort de 24 personnes, il y a à peine deux mois. Voilà pourquoi j'espère tant aller en Tunisie, avant ou après mon échange au Brésil, pour comprendre ce qui rend ce pays si particulier. Je veux rencontrer des activistes, des blogueurs, des jeunes intéressés par la politique qui souhaitent contribuer à l'amélioration de leur société, comme moi. Ce matin, je viens d'avoir mes derniers examens de l'année, je suis donc en vacances jusqu'au début du mois d'août (si je suis accepté à l'UFMG). À partir de maintenant, je vais voir mes amis « erasmus » retourner les uns après les autres dans leur pays respectif et mon cœur versera une larme après chaque fête d'adieu, jusqu'à ce que moi aussi je quitte la vie étudiante lilloise. Ainsi va la vie, ça va, ça vient ! J'aimerais parler de tant d'autres choses mais je vais en garder un peu pour la prochaine lettre, qui sait, je serai peut-être en panne d'inspiration. Je te laisse maintenant la parole, j'espère que tu as pris plaisir à lire cette lettre et que tu l'as trouvée intéressante. Je te souhaite une excellente soirée, cher ami. Prends soin de toi. Vive la Tunisie laïque, - Rémi.



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